Canicule: des seuils d’alerte à repenser
Une étude d’Unisanté indique que l’été 2022, deuxième plus chaud en Suisse, a entraîné une surmortalité de 4%, touchant surtout les plus de 80 ans. Par ailleurs, les seuils actuels d’alerte canicule seraient trop élevés et devraient être revus pour mieux protéger les populations vulnérables.
Les chaleurs extrêmes sont responsables d'un lourd fardeau sanitaire, notamment des décès prématurés et des hospitalisations. Les populations vulnérables, comme les personnes âgées, les personnes souffrant de maladies chroniques ou les groupes socio-économiquement défavorisés, sont les plus touchées.
En 2022, la Suisse a connu son deuxième été le plus chaud jamais enregistré, après l'été caniculaire de 2003. Les chercheurs d'Unisanté Anthony Hauser et Julien Riou se sont intéressés à ces chiffres et ont réalisé une étude statistique sur la surmortalité qu’a engendrée cette période de chaleur. Leur étude a été publiée dans la revue Spatial and Spatio-temporal Epidemiology.
Une méthode statistique pour isoler l’effet de la chaleur
Les chercheurs ont développé une méthode statistique prenant en compte de nombreux facteurs confondants, notamment la pandémie de COVID-19. En effet, cet épisode a évidemment perturbé les tendances démographiques. De plus, l'émergence des variants Omicron BA.4 et BA.5 du SARS-CoV-2 a entraîné une vague d'infections qui a coïncidé avec les vagues de chaleur de 2022, rendant difficile la distinction entre les effets de la chaleur et ceux du SARS-CoV-2.
Les résultats de l’étude indiquent une surmortalité de 4% pendant l'été 2022. La surmortalité est définie comme la différence entre la mortalité observée et un scénario statistique construit en extrapolant à partir des données historiques sur la mortalité tout en tenant compte des tendances (vieillissement de la population, température ambiante, etc.).
La plupart des décès supplémentaires (487 décès) ont touché des personnes âgées de plus de 80 ans, principalement au mois de juillet, et autant des hommes que des femmes.
Les alertes actuelles sous-estiment le risque pour les seniors
MétéoSuisse, l’Office fédéral de météorologie et de climatologie, émet actuellement des alertes canicule de niveau 2 pour des températures quotidiennes moyennes supérieures à 25°C, de niveau 3 pour des températures identiques maintenues pendant trois jours, et de niveau 4 pour des températures supérieures à 27°C pendant trois jours.
Or, les résultats de l’étude d’Unisanté indiquent que lorsqu’une vague de chaleur dure plus de quatre jours, les décès supplémentaires chez les personnes âgées commencent à augmenter dès des températures relativement modérées, à partir d'environ 20°C déjà – à noter que ces températures moyennes sont calculées sur 24 heures, incluant également la période nocturne.
Selon les chercheurs, les politiques de prévention devraient donc évoluer et ajuster leurs pratiques à ces nouvelles connaissances. Il faudrait rabaisser les seuils d’alerte pour les périodes prolongées de chaleur, et avoir des seuils d’alerte de plus en plus bas, plus la période de chaleur se prolonge.
Référence
Garyfallos Konstantinoudis, Anthony Hauser, Julien Riou, Ensemble Bayesian modelling with dynamic population to estimate excess deaths due to extreme temperatures, Spatial and Spatio-temporal Epidemiology, Volume 55, 2025, 100760, ISSN 1877-5845, https://doi.org/10.1016/j.sste.2025.100760.
Toutes les publications d'Unisanté sont disponibles sur IRIS, le système d’information de la recherche de l’UNIL.