Santé mentale des chercheurs suisses: des conditions de travail globalement favorables, mais des fragilités persistantes
Une vaste étude européenne révèle que les chercheuses et chercheurs travaillant en Suisse présentent une meilleure résilience que leurs homologues européens, tout en restant fortement exposés à l’insécurité de l’emploi et aux conflits entre vie professionnelle et vie privée. Ces résultats mettent en lumière le besoin d’initiatives concrètes pour soutenir la santé mentale dans le milieu académique.
Menée dans le cadre de l’Action COST européenne Researcher Mental Health Observatory (ReMO), l’enquête STAIRCASE constitue à ce jour le plus vaste benchmark comparatif des conditions de travail et de la santé mentale des chercheurs en Europe.
Basée sur les réponses de 4 296 chercheuses et chercheurs issus de 37 pays, dont 596 exerçant en Suisse, l’étude publiée par Unisanté analyse à la fois les déterminants organisationnels du travail académique et plusieurs indicateurs clés de santé mentale et de bien-être.
Des chercheurs suisses plus résilients, mais pas épargnés par le stress académique
Les résultats montrent que les chercheuses et chercheurs travaillant dans les hautes écoles helvétiques présentent, en moyenne, un niveau de résilience significativement plus élevé que leurs homologues européens. Ils rapportent également un contrôle du travail et un sentiment de communauté légèrement meilleurs.
En revanche, les niveaux de stress, d’anxiété, de bien-être général et de risque d’épuisement professionnel restent comparables à ceux observés ailleurs en Europe, confirmant la persistance d’une pression structurelle forte dans le monde académique.
Insécurité de l’emploi et conflit travail–famille: des préoccupations largement partagées
Malgré un niveau de revenus globalement mieux évalué dans notre pays, l’étude met en évidence des inquiétudes persistantes liées à l’insécurité de l’emploi, en particulier chez les chercheurs en début et en milieu de carrière.
Le conflit entre exigences professionnelles et vie privée demeure également élevé, illustrant la difficulté à concilier charge de travail, attentes institutionnelles et responsabilités personnelles dans le contexte académique actuel.
De fortes disparités entre les universités suisses
L’analyse comparée entre institutions suisses révèle une hétérogénéité marquée. Les chercheuses et chercheurs de l’Université de Zurich affichent les niveaux de bien-être les plus faibles et le risque d’épuisement professionnel le plus élevé, tandis que ceux de l’Université de Berne se distinguent par de meilleurs scores en matière de contrôle du travail et d’intégrité du superviseur.
Ces écarts soulignent l’influence déterminante des environnements institutionnels et des pratiques de gouvernance sur la santé mentale des chercheuses et chercheurs.
Des politiques institutionnelles jugées insuffisantes
Dans l’ensemble des pays étudiés, y compris en Suisse, la perception des politiques institutionnelles de prévention et de promotion de la santé mentale est faible.
Le croisement des résultats avec d’autres sources nationales met en lumière des lacunes structurelles dans l’offre de services de santé au travail et une faible connaissance des dispositifs existants.
Les résultats soulignent la nécessité d’interventions coordonnées, à plusieurs niveaux, afin d’agir sur les déterminants structurels de la santé mentale dans l’enseignement supérieur et la recherche.
Référence
Keopraseuth L., Gomez Ortiz A., Wild P., Guseva Canu I. Working conditions and mental health among Swiss researchers. Lausanne, Unisanté – Centre universitaire de médecine générale et santé publique, 2025 (Raisons de santé 371). https://doi.org/10.16908/issn.1660-7104/371