- SPYCHER Jacques
- MARTI Joachim
- BOURGEOIS Mathéo
- AVENDAÑO PABON Mauricio
Le rapport coût-efficacité de la psychothérapie
Abstract
Une part importante de la population suisse est touchée par des problèmes de santé mentale qui peuvent avoir un impact sur le bien-être et la productivité si non traités. Or de nombreuses personnes ayant des besoins en santé mentale ne recourent pas aux soins. Un meilleur accès aux soins est souhaitable pour combler les besoins non remplis de la population, cependant il génère des dépenses de soins supplémentaires. Une question essentielle se pose donc : la psychothérapie est-elle une stratégie rentable sur le plan économique ? L’analyse médico-économique, permet de répondre à cette question en analysant de manière rigoureuse et structurée les coûts et les bénéfices d’interventions de santé. Dans ce rapport, nous analysons la littérature scientifique afin de déterminer si la psychothérapie génère des gains de bien-être (et de santé) à un coût raisonnable et si une partie des coûts de la thérapie sont compensés à moyen ou à long terme par des économies dans le système de santé ainsi que dans la société.
Nous retenons 138 études couvrant 17 pays et une période de 30 ans. Parmi ces études, une proportion de 78%, soit 108 études, identifient un rapport de coût-efficacité favorable de la psychothérapie, sur des mesures d’efficacité et sur des mesures de qualité de vie, comparée au traitement usuel (par exemple suivi par un médecin généraliste) ou à l’absence de traitement. Nous remarquons que le type de trouble de la santé mentale traité a un impact sur le rapport coût-efficacité de la psychothérapie. Cette dernière s’avère particulièrement efficace et rentable pour le traitement des troubles anxio-dépressifs (89% favorables parmi 65 études), mais moins pour le traitement des troubles du comportement et de la personnalité (47% favorables parmi 15 études). La part des études concluant à un rapport coût-efficacité favorable de la psychothérapie varie selon que seuls les coûts du système de santé sont pris en compte ou que l’on incorpore également les coûts sociétaux. Enfin, la psychothérapie semble offrir un retour sur investissement positif. En effet, chaque franc investit rapporte entre 1,5 et 4,05 francs en retour.
Nos conclusions sont limitées par le manque d’analyse sur la qualité des études retenues et par le fait que pratiquement toutes les études ont été effectuées dans des pays tiers. Ce dernier élément est crucial puisque l’organisation du système de santé d’un pays a un impact important sur l’organisation des prestataires de soins, la prestation des services de soins et leurs coûts. Ceci limite donc notre capacité à quantifier précisément le rapport coût-efficacité de la psychothérapie pour la Suisse.
En conclusion, cette revue de la littérature permet d’établir que la psychothérapie est globalement considérée comme une intervention de santé mentale efficace et rentable lorsque comparée au traitement usuel ou à l’absence de traitement.
