Enquête sur la prévalence des produits du tabac et de la nicotine dans le sport en Suisse romande (EPTAS)

Abstract

Objectif : Ce rapport analyse les liens entre les pratiques sportives et la consommation de produits du tabac et de la nicotine en Suisse romande. 

Méthodes : L’étude est basée sur des données provenant d’un questionnaire diffusé en ligne entre octobre 2025 et janvier 2026 et auquel 1’677 personnes de 14 ans et plus ont répondu. L’échantillon, repondéré en fonction de l’âge et du niveau de formation, est composé de personnes particulièrement sportives, souvent engagées dans des clubs sportifs et des pratiques compétitives. 

Résultats :

Prévalence et profils de consommation : 17 % des individus consomment quotidiennement des produits du tabac ou de la nicotine. La consommation est plus élevée chez les hommes, avec quelques exceptions, notamment la cigarette électronique. Les jeunes adultes (20-29 ans) sont les plus concernés et consomment aussi une plus grande diversité de produits. Un niveau de revenu ou d’éducation plus faible est associé à une consommation quotidienne de produits plus importante. La cigarette est le produit le plus consommé, suivie par la cigarette électronique.

Liens entre sport et consommation : La pratique sportive est associée à une prévalence quotidienne de consommation de cigarette similaire à celle de la population suisse générale (11 %), mais avec un nombre de cigarette par jour inférieur (–4). En revanche, elle est liée à une consommation plus élevée de cigarettes électroniques et de produits du tabac oraux (snus et sachets de nicotine).

Influence des contextes sportifs sur la consommation : La consommation est plus élevée dans les sports collectifs, de force, de raquette, de montagne et de combat. Elle tend à augmenter pendant les compétitions et à diminuer légèrement après l’effort.

Initiation dans le sport : Environ 10 % des personnes ont commencé à consommer dans le contexte sportif, et ce particulièrement pour le snus au sein de la pratique du hockey sur glace (41 %).

Expositions et perceptions : 13 % des personnes, et principalement les jeunes, déclarent être régulièrement exposé·es aux produits du tabac et de la nicotine dans le sport. L’exposition à la publicité pour les produits dans ce cadre reste faible (4 %). 9 personnes sur 10 considèrent que ces produits nuisent aux performances et devraient être exclus des espaces sportifs. Certaines croyances erronées persistent, comme celle que le sport « nettoie les poumons ».

Profils types : Deux profils types de consommation dans le cadre sportif émergent de nos données : (a) des jeunes hommes qui pratiquent des sports collectifs et/ou intenses et consomment des produits oraux ; et (b) des jeunes femmes qui consomment des cigarettes et cigarettes électroniques à des fins de contrôle pondéral au sein de sports liés à l’image corporelle.

Personnes encadrantes : elles jouent un rôle-clé, mais manquent parfois de formation ou de clarté sur leurs responsabilités. Une partie se sent insuffisamment informée (42 %) et une autre se sent informée, mais n’intègre pas ces enjeux dans la pratique (29 %). 

Conclusion : Le rapport confirme que le sport peut protéger contre la consommation de cigarettes conventionnelles, mais montre que certains contextes de pratique sportive favorisent l’usage d’autres produits du tabac et de la nicotine. Dans la mesure où la consommation dépend fortement du contexte de pratique, de cultures sportives spécifiques, ainsi que du profil des individus, la prévention doit être ciblée et adaptée aux contextes spécifiques. Elle doit notamment s’appuyer sur des mesures structurelles visant à réduire l’attractivité, l’accessibilité et la visibilité des produits en milieu sportif, ainsi que sur des interventions différenciées selon les publics et les disciplines. La valorisation de la norme de non-consommation, le développement des compétences psychosociales des jeunes et le renforcement du rôle des personnes encadrantes constituent également des leviers essentiels. Par ailleurs, plusieurs pistes de recherche apparaissent importantes: le suivi des nouveaux produits et des trajectoires de consommation, l’étude approfondie de disciplines spécifiques, l’analyse des interactions entre pratiques sportives et usages, ainsi que l’identification des besoins des milieux sportifs et l’évaluation des actions. Ces travaux permettront d’orienter des interventions plus efficaces et adaptées aux réalités du terrain.