Est-ce que nos médecins sont prêts pour une panne de courant généralisée?
Comment réagiraient les médecins et équipes infirmières en cas de pénurie d’électricité? Quels seraient leurs besoins pour continuer à soigner leur patientèle? Une nouvelle étude d’Unisanté répond à ces questions et met en lumière les procédures de crise prévues par les autorités sanitaires, mais encore trop peu connues.
Les interruptions de l'approvisionnement en électricité sont de plus en plus fréquentes en raison notamment de la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes liés au changement climatique, des cyberattaques et des conflits armés.
En avril 2025, par exemple, l’Espagne et le Portugal subissaient un blackout, soit une panne électrique généralisée qui a entraîné d’importantes perturbations dans plusieurs secteurs essentiels, y compris les établissements de santé.
Une équipe de recherche d’Unisanté s’est demandé ce qui se passerait en cas de blackout en Suisse. Leur étude, publiée dans la revue International Journal of Public Health, interroge des médecins généralistes et équipes infirmières en cabinet ou se rendant à domicile sur leur perception et leurs besoins. Elle donne également des éléments de réponses venant des représentants de producteurs d’électricité et de la protection civile, par exemple.
Forte dépendance à l’électricité
Pour les prestataires de soins primaires, la dépendance à l’électricité est forte. Presque tous les dispositifs médicaux actuels dépendent de l’électricité, y compris les thermomètres, les balances, les tensiomètres ou les tests de laboratoire. Sans compter les outils administratifs ou de guidance médicale: dossiers médicaux, base d’information sur les médicaments, prescriptions, facturation en ligne, etc. En cas de panne de courant, le fonctionnement d’un cabinet médical sera forcément perturbé.
Malgré cela, les personnes interrogées se sont montrées disposées à continuer de soigner leur patientèle dans leurs propres cabinets ou dans des centres de soins de premier recours qui auraient été adaptés, en amont, à ce genre de situation.
Protocoles de crise peu connus
Un manque de connaissances et de préparation a été constaté. La plupart des prestataires de soins interrogés n’étaient pas au courant des stratégies et protocoles de crise existants.
Les communes ont, par exemple, des points de rencontre d’urgence (PRU), couvrant les besoins de 5000 personnes (Localisez votre PRU en consultant ce site). Ils sont équipés d’une alimentation électrique et d’un réseau radio afin de maintenir une voie de communication en cas de défaillance des services téléphoniques conventionnels.
Au niveau fédéral, il existe un plan de restrictions progressives de l'approvisionnement en électricité en quatre phases, appelé OSTRAL, élaboré par la Suisse pour gérer les pénuries d'électricité dans le pays. Il comprend des phases d’économies d’énergie, de restrictions d’utilisation et de délestage cyclique.
À l’échelle du canton de Vaud, le plan INOPIA liste les mesures à prendre par les médecins en cabinet, les EMS ou les CMS pour faire face à une pénurie énergétique. Des documents énumèrent tout ce à quoi il faudrait penser à l’avance: numéros d’urgence, activités prioritaires, formation du personnel, sauvegardes informatiques, etc. Toutefois, ces check-lists fournies par les autorités ont été jugées comme assez éloignées de leur pratique et peu réalistes.
Mieux préparer les professionnels de santé
L’étude propose de développer des sessions de formation et de préparation spécialement conçues pour les soins primaires, ainsi que des plans précisant comment chaque prestataire de soins pourrait contribuer au mieux à la continuité des soins de première ligne, ce qui est essentiel pour éviter que les hôpitaux ne soient saturés.
En conclusion, une meilleure formation, une meilleure information et une meilleure intégration - en tant que partenaires coopératifs - des prestataires de soins de santé primaires pourraient constituer une opportunité clé pour renforcer la résilience de l'ensemble du système de santé.
À la suite de cette étude, Unisanté, en collaboration avec le Réseau Santé Nord Broye, a lancé L’ARCHE, un nouveau projet de recherche destiné à renforcer la résilience des soins primaires face aux risques systémiques.
Référence
Baquet E, Tarteret P, Deschamps A, Filali A, Foley R-A and D’Acremont V (2026) Perceptions and Needs of Primary Healthcare Providers Regarding Electricity Shortages and Blackouts: A Qualitative Study Using a Realistic Narrative Approach. Int. J. Public Health 71:1609319. doi: 10.3389/ijph.2026.1609319
Toutes les publications d'Unisanté sont disponibles sur IRIS, le système d’information de la recherche de l’UNIL.