L’alimentation, principale source d’exposition aux dioxines
Une étude menée par Unisanté met en évidence que l’exposition aux dioxines et aux PCB provient majoritairement de l’alimentation, en particulier des produits d’origine animale riches en matières grasses issus de zones contaminées. Les simulations basées sur un modèle montrent que cette source d’exposition contribue beaucoup plus fortement à la charge corporelle que d’autres sources, comme l’ingestion de sol ou de poussières. Ces résultats sont cohérents avec ceux d’une recherche précédente sur la contamination environnementale dans la région lausannoise.
Les dioxines, les furanes (PCDD/Fs) et les PCB (polychlorobiphényles) sont des polluants organiques persistants, provenant principalement de phénomènes de combustion (incinération, incendies) ou d'anciens usages industriels, qui s’accumulent dans l’environnement et dans la chaîne alimentaire. Leur présence dans l’organisme humain est associée à divers effets sur la santé, notamment sur les systèmes endocrinien et reproductif, ainsi que sur le développement neurologique.
Afin de mieux comprendre l’exposition actuelle en Suisse, l’étude s’est concentrée sur les principales voies d’exposition par ingestion, en particulier l’alimentation, incluant l’allaitement, ainsi que l’ingestion de sols et de poussières. L’exposition par inhalation liée aux émissions passées de dioxines dans l’air n’a pas pu être évaluée, faute de données historiques suffisantes.
Transfert des polluants du sol vers l’être humain
Les résultats montrent que:
- L’alimentation au quotidien est la principale source d’exposition, particulièrement via les produits d’origine animale riches en lipides, tels que la viande, les produits laitiers et les œufs.
- L’impact de l’ingestion de sols ou de poussières reste limité même en présence de forte contamination.
- Un point de vigilance important concerne la consommation d’aliments produits localement dans des zones contaminées. L’étude indique que manger régulièrement des œufs issus de poules élevées en plein air sur des surfaces polluées peut entraîner une augmentation de l’exposition.
- Si l’allaitement peut contribuer à la charge corporelle en début de vie, cet effet est transitoire, la charge des enfants allaités étant similaire à celle des enfants non allaités à plus long terme. Cette observation ne remet pas en cause les recommandations en faveur de l’allaitement, dont les avantages pour la santé de la mère et de l’enfant sont bien établis.
Les résultats complètent ceux d’une précédente étude menée par Unisanté. Publiée en 2024, elle documentait l’impact de la contamination aux dioxines des sols dans la région lausannoise, et démontrait déjà que l’exposition humaine se fait principalement par l’alimentation au quotidien. L’ingestion directe de terre par les enfants n’avait alors pas été évaluée. Les mesures sanguines lors de cette étude d’imprégnation portaient uniquement sur les adultes, en raison notamment du volume de sang important requis pour les analyses.
La présente étude, publiée en août 2026, est, elle, fondée sur des simulations à partir de données existantes, sans prélèvement supplémentaire. Elle ne vise pas à évaluer l’ensemble des conséquences sanitaires liées aux dioxines.
Adopter un régime alimentaire diversifié et équilibré
L’étude souligne l’importance de renforcer la surveillance des denrées consommées, en particulier des produits d’origine animale. De manière générale, les recommandations de santé publique encouragent l’adoption d’un régime alimentaire diversifié et équilibré, privilégiant les denrées d’origine végétale (notamment les fruits, légumes, céréales, légumineuses et huiles végétales) afin de réduire l’exposition globale aux polluants persistants.
Les chercheuses et chercheurs ont utilisé un modèle basé sur des données biologiques suisses (lait maternel de mères en Suisse et sérum de la population en région lausannoise), permettant de simuler l’évolution de la charge corporelle au cours du temps en intégrant les principales sources d’exposition par ingestion.
Cette recherche d’Unisanté, publiée dans Food and Chemical Toxicology, a été soutenue par l’Office fédéral de l'environnement (OFEV) et par la Fondation Erna Hamburger de l’Université de Lausanne (UNIL).
Référence
Oltramare, C, Mortara, J, Zennegg, M, Buser A, Fischer Fumeaux, C, Berthet, A, Vernez, D, Using a physiologically based pharmacokinetic model to evaluate aggregated exposure to PCDD/Fs and PCBs via ingestion in children, Food and Chemical Toxicology, Volume 214, 2026, 116126, ISSN 0278-6915, https://doi.org/10.1016/j.fct.2026.116126.