Traitements agonistes opioïdes dans le canton de Vaud : Suivi épidémiologique entre 2015 et 2017

Abstract

Dans le canton de Vaud, chaque médecin qui souhaite prescrire un médicament soumis à la législation sur les stupéfiants, destiné au traitement d’une personne dépendante doit, pour chaque patient, demander au Médecin cantonal une autorisation de prescription au moyen d’un formulaire spécifique. Cette autorisation, une fois émise, est valable une année. Elle peut être prolongée d’année en année à l’aide d’un formulaire de demande de prolongation. Chaque fin de traitement doit également être immédiatement annoncée à l’aide d’un formulaire spécifique. Les données ainsi récoltées permettent aux autorités cantonales de vérifier que les conditions pour l’octroi de l’autorisation du traitement sont réunies. Ces données permettent également l’analyse de la situation socio-professionnelle et épidémiologique de la patientèle et des modalités de remise du traitement afin d’orienter les politiques de santé publique dans ce domaine. L’analyse des données ainsi récoltées entre 2015 et 2017 fait l’objet du présent rapport.

Au total, ce sont près de 1'800 patients qui sont sous traitement agoniste opioïde (TAO) dans le canton de Vaud à un moment ou un autre au cours d’une année. Ce nombre a peu varié au cours des trois années étudiées, tout comme les caractéristiques sociodémographiques de ces patients. Le patient type est un homme de plus de 40 ans, suisse, vivant seul (célibataire, divorcé ou séparé) dans un domicile fixe, sans enfant, au bénéfice d’un diplôme d’une école professionnelle ou d’un apprentissage. Ses sources de revenus principales sont l’aide sociale, les assurances sociales (AVS, AI ou autre) ou un salaire fixe.

La méthadone est le médicament agoniste le plus prescrit (68% en 2017). Cependant, depuis ces dernières années, les médecins ont de plus en plus recours à d’autres médicaments agonistes, comme le Sevre-Long® (19% en 2017) et le L-Polamidon® (4% en 2017). Au final, en 2017, plus de 95% des patients sont traités avec de la méthadone, du Sevre-Long®, du Subutex®, ou du L-Polamidon®. La prescription de médicaments psychotropes complémentaires au traitement agoniste est très courante. Plus de la moitié des patients reçoivent en plus de leur TAO des benzodiazépines, un tiers des antidépresseurs et près d’un cinquième des tranquillisants et/ou des neuroleptiques. Dans une large majorité des cas (69% en 2017), les patients vont chercher leur traitement en pharmacie.

Si on considère les données des formulaires de prolongation, moins d’un tiers des patients a consommé de l’héroïne au cours des 30 derniers jours (28% en 2017) et environ un cinquième des patients de la cocaïne (20% en 2017). Alors que l’héroïne est majoritairement consommée par sniff (40% en 2017) ou par voie orale (46% en 2017), le mode de consommation de la cocaïne est plus varié. Le recours à l’injection pour la consommation d’héroïne ou de cocaïne a toutefois baissé au cours des trois années étudiées. De plus, le tabac et l’alcool sont consommés par une très importante proportion de patients sous TAO (57% en 2017 pour l’alcool et 82% en 2017 pour le tabac).

Seuls 15% des patients sous TAO ont consommé des substances psychoactives par injection au cours des 6 derniers mois en 2017. Parmi ceux-ci moins de 10% ont utilisé une seringue déjà utilisée par un autre usager, en revanche, près de 60% indiquent réutiliser leurs propres seringues. Finalement, parmi les patients qui ont eu une relation sexuelle avec un partenaire occasionnel au cours des 6 derniers mois en 2017, 62% indiquent ne jamais utiliser un préservatif ou seulement

parfois. Ce type de comportement concerne 70% des patients ayant eu une relation sexuelle avec un partenaire stable.

Presque l’ensemble des patients ont déjà eu un test de dépistage du VIH, de l’hépatite A, de l’hépatite B ou de l’hépatite C. En revanche, moins de la moitié de notre collectif a eu un test de dépistage au cours des 12 derniers mois, mais cette proportion a augmenté au cours des trois années étudiées (46% pour le VIH, 38% pour l’hépatite A, 38% pour l’hépatite B et 47% pour l’hépatite C en 2017). Moins de 10% des patients indiquent avoir eu un résultat positif au test de dépistage du VIH. Entre 25% et 20% ont eu un résultat positif au test de dépistage de l’hépatite A ou de l’hépatite B, selon le test et l’année considérée. Près de la moitié des patients sous TAO qui ont fait au moins un dépistage de l’hépatite C au cours de leur vie ont eu un résultat positif. Et un peu moins de la moitié souffre d’une hépatite C chronique. Finalement, une bonne moitié des patients sont vaccinés contre l’hépatite A ainsi que contre l’hépatite B.

Sur l’ensemble du canton de Vaud, il y a en moyenne, par année, moins d’une centaine de nouveaux patients sous TAO entrés pour la première fois dans la base de données vaudoise. Parmi ceux-ci, seuls 39 patients ont commencé pour la première fois de leur vie un traitement agoniste en 2017 (48 en 2015 et 48 en 2016)i. Ces nouveaux patients ont en moyenne 35 ans. Il s’agit d’une population constituée en majorité d’hommes avec une distribution quasiment égalitaire entre la proportion d’étrangers et de suisses. Comme pour l’ensemble des patients sous TAO, le nombre de patients ayant commencé pour la première fois un TAO mis sous traitement à la méthadone a diminué au cours des trois années étudiées au profit du Sevre-Long®, du Subutex® ou encore du L-Polamidon®. Et un peu moins de la moitié de ces nouveaux patients a également des co-médications.

La quasi-totalité des patients qui ont commencé pour la première fois un TAO au cours des années étudiées indiquent avoir consommé de l’héroïne au cours des trente derniers jours, de manière quotidienne pour une majorité d’entre eux. De plus, une majorité de ces nouveaux patients ont fait un test de dépistage du VIH ou des hépatites A, B et C au cours de leur vie et seul un très petit nombre a eu un résultat positif. Ils sont également très peu nombreux à souffrir d’une hépatite C chronique.

Plus de 300 fins de traitements sont saisies au cours d’une année. Dans plus de 60% des cas, cette fin de traitement est liée à des changements dans la prise en charge (changement de médecin, déménagement du patient, etc.). L’abandon du traitement par le patient est évoqué dans un peu plus de 10% des cas (14% en 2015, 11% en 2016 et 16% en 2017). Au cours de ces trois années, la part de patients abstinents lors de l’annonce de fin de traitement a très légèrement diminué pour atteindre 51% en 2017. De plus, seul un quart des patients sont réinsérés dans la vie professionnelle au moment de l’annonce de leur fin de traitement.

Les caractéristiques de la cohorte de patients suivi dans le cadre d’un traitement agoniste ont donc peu changé au cours des années étudiées. Cependant, les médicaments agonistes qui leur sont prescrits se sont diversifiés.