Santé somatique et psychique des bénéficiaires du revenu d’insertion dans le canton de Vaud

Abstract

Les personnes au bénéfice de l’aide sociale présentent une vulnérabilité accrue sur le plan de la santé somatique et mentale. Ce phénomène s’explique en partie par les conditions de vie précaires et les multiples ruptures sociales (événements de vie, pertes de lien) qui caractérisent souvent leurs trajectoires. Les problématiques de santé peuvent également constituer des freins majeurs à l’insertion socioprofessionnelle, notamment en influençant la capacité à atteindre et maintenir une stabilité professionnelle. Il existe encore peu de connaissances sur l’évolution de l’état de santé pendant la période d’attribution de l’aide sociale, sur la pertinence des prises en charge proposées, ou sur les liens entre santé et (dés)insertion socioprofessionnelle. Dans le cadre d’un mandat de la Direction Générale de la Cohésion Sociale (DGCS) du Canton de Vaud, une équipe de recherche du secteur sciences sociales d’Unisanté a réalisé une étude sur la santé des bénéficiaires du revenu d’insertion (BRI).

Le but de cette étude était d’explorer l’état de santé perçu des bénéficiaires, de questionner les liens entre la santé et l’insertion et de co-construire des recommandations visant à améliorer l’accompagnement des bénéficiaires. Un volet qualitatif a été mené dans un premier temps, par entretiens semi-structurés avec des bénéficiaires, des assistant∙es sociaux∙ales (AS) et des médecins-conseils (MC) du programme Réinsertion Vie Active (REVIAC) d’Unisanté. Un volet participatif a eu lieu dans un deuxième temps avec trois ateliers de co-construction de recommandations. Ils réunissaient certain∙es participant∙es aux entretiens, ainsi que d’autres professionnel∙les concerné∙es et expert∙es du domaine. Une analyse thématique de contenu a été réalisée sur les verbatims d’entretiens, et l’ensemble des recommandations émises par les personnes ayant pris part aux ateliers ont été mises en commun, synthétisées et organisées par champ d’action.

Quarante-cinq personnes ont participé aux entretiens et trente-six aux ateliers. Du point de vue des perceptions de la santé, on constate un état de santé passablement dégradé avec de nombreux troubles psychiques et psychosomatiques. Les profils santé et social sont très variés et mettent en lumière la complexité et l’hétérogénéité des situations des bénéficiaires. La santé somatique et/ou psychique dégradée ne permet pas une insertion dans les dispositifs classiques. La qualité de la prise en charge en santé a également un impact sur l’insertion professionnelle, tant pour le bénéficiaire que pour le ou la professionnelle qui l’accompagne. Lors de l’attribution du revenu d’insertion (RI), il existe un risque de dégradation de l’état de santé. Celui-ci peut être dû à une pression à l’insertion perçue comme trop grande ou au stress lié aux procédures de l’aide sociale. De plus, bénéficier du RI peut affecter négativement l’estime de soi et la confiance en soi. Cependant, le processus d’insertion proposé par le RI peut également participer à l’amélioration de l’état de santé, notamment en favorisant la création de liens sociaux et en proposant des activités à visée thérapeutique.

Des recommandations ont été formulées sur la base de ces résultats. Elles portent principalement sur le développement des services et activités liés à la promotion de la santé et prévention (PSP), le maintien en santé par l’instauration d’activités sociales, l’intégration des services de santé et du social et l’amélioration de la communication entre les professionnel∙les des différentes disciplines, mais également entre professionnel∙les et bénéficiaires.