Évaluation épidémiologique du programme BEJUNE de dépistage du cancer du sein, 2018-2024

Abstract

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme. Bien que les avancées dans les traitements et que le dépistage par mammographie aient contribué à réduire sa mortalité, ce cancer reste un problème de santé publique. Le programme BEJUNE, actif depuis 2005 dans le Jura, 2007 à Neuchâtel et 2009 dans le Jura bernois, invite les femmes de 50 à 74 ans et offre également la possibilité d’un dépistage au-delà de 75 ans sur demande. 

Des évaluations indépendantes, régulières et obligatoires des programmes organisés permettent de garantir que leur qualité et leur efficacité respectent les normes suisses et européennes. Le programme BEJUNE réalise systématiquement ces évaluations qu’il confie à Unisanté. Ce rapport présente l’évaluation épidémiologique du programme pour la période 2018–2024 et fait suite au rapport précédent qui ciblait la période 2005–2017. L’évaluation repose sur des indicateurs établis permettant de comparer les résultats aux normes et s’intéresse à quatre aspects principaux: l’activité, la participation, la qualité et l’efficacité. 

L’activité du programme est restée stable durant la période étudiée, avec environ 23'000 invitations et 15'000 mammographies par année. Près de 45% de l’activité cumulée depuis le lancement du programme s’est concentrée sur les années 2018–2024. La pandémie de COVID-19 a entraîné une baisse ponctuelle du nombre de mammographies en 2020, rapidement compensée en 2021. Le nombre de centres et de radiologues impliqués est stable, et les volumes de lecture sont globalement conformes aux normes suisses, en particulier pour les seconds lecteurs. 

La participation au programme demeure élevée par rapport aux autres programmes en Suisse, avec un taux de 60,8% et une fidélisation de 88%. Bien que la participation dans l’arrondissement du Jura bernois soit inférieure à celle des deux autres cantons, elle est en constante augmentation. Les femmes qui participent au programme le font majoritairement lors des trois premières invitations, et les rappels contribuent surtout à la participation lors de ces premières invitations. 

Les indicateurs de qualité radiologique montrent une situation contrastée. Le taux de détection, de 5,5 cancers dépistés pour 1000 mammographies, est stable. En revanche, le taux de reconvocation est en forte augmentation, dû à une hausse du taux de faux positifs. Il dépasse les normes minimales pour la première participation et, bien qu’il reste encore conforme, la tendance est également préoccupante pour les participations suivantes. Ce résultat est illustré par une valeur prédictive positive qui a baissé de près de 10% par an et situe à seulement 10% durant la période évaluée. Le taux de cancers d’intervalle atteint 2,0 pour 1000 participantes ; il est en diminution par rapport à la période précédente et représente moins de 30% des cancers diagnostiqués dans les 24 mois suivant la mammographie. Ces données se traduisent par une sensibilité du programme de 76% et une spécificité de 96%. Par rapport à l’évaluation précédente, la sensibilité s’est améliorée, au prix d’une diminution de la spécificité. 

Les indicateurs d’efficacité, mesurés à travers la précocité du diagnostic, sont globalement conformes aux normes européennes. Les cancers détectés par le programme ont un profil pronostique favorable. Bien que la proportion de cancers dépistés à un stade avancé soit légèrement trop élevée, leur taille ainsi que la proportion de tumeurs avec atteinte ganglionnaire respectent les normes. L’analyse du profil clinique des tumeurs selon leur mode de détection confirme que les tumeurs détectées par le programme sont moins avancées que les cancers d’intervalle, que ceux diagnostiqués sur la base de symptômes et que ceux détectés par le dépistage opportuniste. Les cancers d’intervalle présentent un profil intermédiaire et restent moins avancés que les cancers diagnostiqués sur la base de symptômes. 

En résumé, le programme BEJUNE présente une participation élevée, un taux de détection globalement conforme aux normes et un taux de cancers d’intervalle contenu. L’efficacité du programme est confirmée par un profil clinique favorable des cancers dépistés. Les principaux axes d’amélioration concernent la réduction des faux positifs. Des recommandations sont formulées en ce sens, notamment l’analyse des causes des faux positifs, le renforcement de la formation continue et des échanges entre radiologues, ainsi que la sensibilisation et la transmission périodique des performances individuelles.

 

Lire aussi: 

Rapport simplifié

Perrier C, Brändle K, Bulliard J-L. Évaluation du programme BEJUNE de dépistage du cancer du sein (2018 - 2024). Lausanne: Unisanté, Centre universitaire de médecine générale et santé publique & Université de Lausanne, Lausanne, Suisse; 2026. (Raisons de Santé : Les Essentiels 75). https://doi.org/10.16908/rds-essentiels/75

 

Groupe de recherche lié : Épidémiologie du cancer (GEPIC)