Protéger les jeunes sportifs: agir face aux traumatismes crâniens
Une étude alerte sur le manque de données exhaustives et la nécessité d’améliorer la prise en charge des commotions cérébrales chez les jeunes. Elle souligne également l’urgence d’intensifier les mesures de prévention, en impliquant notamment les établissements scolaires.
Le traumatisme crânien léger, communément appelé «commotion cérébrale», est l’une des blessures les plus fréquentes chez les enfants, les adolescentes et les adolescents. Potentiellement grave, il est pourtant encore souvent banalisé. Les jeunes pratiquant un sport de contact (rugby, hockey, foot, etc.) sont particulièrement à risque.
Ce traumatisme est le résultat d’un coup à la tête, d’une chute ou d’un impact important, provoquant une collision entre le cerveau et les parois de la boîte crânienne. Même un coup pris ailleurs dans le corps peut entraîner une commotion cérébrale si les forces se propagent jusqu’à la tête. Cela peut provoquer des changements chimiques et endommager les cellules du cerveau.
Les symptômes varient d’une personne à l’autre et peuvent arriver aussi bien immédiatement que plusieurs heures après l’accident: confusion ou perte de conscience de courte durée, difficulté à se concentrer, manque de réaction, désorientation ou perte de la parole ou de la mémoire, etc. Des symptômes que les enfants peinent parfois à décrire et que les adolescentes ou adolescents peuvent minimiser ou dissimuler en raison de pressions sociales ou sportives.
À long terme, un traumatisme crânien léger peut entraîner des conséquences cognitives, émotionnelles et physiques, par exemple en modifiant la manière dont un enfant pense, apprend, ressent, agit et dort.
D’après des données provenant des États-Unis, environ un demi-million d’enfants âgés de 0 à 14 ans sont admis chaque année aux urgences à la suite d’un traumatisme crânien. De plus, d’après diverses études internationales, on sait que ces accidents chez les enfants et les jeunes sont plus fréquents chez les garçons dans tous les groupes d’âge supérieurs à trois ans. Par ailleurs, les femmes sont plus exposées au risque de traumatisme crânien que les hommes en raison d’une musculature cervicale plus faible et d’un manque de recherches ciblées sur les athlètes féminines.
Une collaboration scientifique suisse au service de la prévention
Une étude, récemment publiée dans la revue Public Health, s’est intéressée à la prévention et la prise en charge des traumatismes crâniens légers liés au sport. Des chercheuses et chercheurs de trois régions linguistiques suisses ont collaboré pour proposer des recommandations politiques et pratiques visant à améliorer les stratégies de prévention et de prise en charge au niveau suisse. Yara Barrense-Dias d’Unisanté a endossé le rôle de représentante pour la partie francophone. Cette collaboration a pu se faire grâce au soutien financier de l’École suisse de santé publique (SSPH+).
L’étude a combiné la collecte de données auprès d’organismes d’assurance, d’institutions publiques et d’entreprises privées en Suisse avec une revue systématique de la littérature sur les stratégies de communication et d’éducation. Elle s’est également appuyée sur des entretiens et des groupes de discussion réunissant diverses parties prenantes (professionnel·les de la santé, expert·es en santé publique et en communication, entraîneur·es, parents et jeunes athlètes) afin de recueillir une pluralité de perspectives et d’expériences.
Mieux mesurer pour mieux prévenir
Les scientifiques ont d’abord cherché à connaître la fréquence de ces accidents en Suisse et ont constaté un manque de données ; les cas n’étant pas systématiquement collectés.
Elles et ils recommandent donc la mise en place d’un système national centralisé de surveillance des traumatismes crâniens légers liés au sport, fondé sur une collecte de données exhaustive et obligatoire. L’intégration de ce suivi aux systèmes de santé existants est recommandée, en s’appuyant sur une collaboration renforcée entre les établissements de santé, les écoles et les organisations sportives, afin d’améliorer la qualité, la cohérence et l’exploitation des données à l’échelle nationale.
Renforcer et cibler la prévention
Les stratégies actuelles de prévention des traumatismes crâniens légers liés au sport restent fragmentées et insuffisamment coordonnées au niveau national, ce qui limite leur efficacité et leur impact en santé publique. Pourtant, la sensibilisation aux risques de commotion cérébrale est cruciale pour favoriser des changements d’attitudes et de comportements autant pour les enfants que leurs parents ou coachs.
Les recommandations soulignent la nécessité de déployer une campagne nationale de prévention, de rendre obligatoire la formation des entraîneures et entraineurs, et d’institutionnaliser la prévention à travers des politiques durables favorisant la collaboration entre les parties prenantes. Une attention particulière est accordée au rôle central des écoles, dont l’implication permettrait d’améliorer la couverture, l’équité et la pérennité des actions de prévention, en promouvant une culture de la sécurité dès le plus jeune âge.
Mieux soigner, plus tôt et pour toutes et tous
Enfin, la prise en charge des traumatismes crâniens légers liés au sport reste souvent tardive et mal coordonnée, avec des inégalités d’accès à l’information, aux soins et au suivi, notamment en fonction de l’âge et du sexe. Ces lacunes augmentent le risque de complications et de répercussions à long terme sur la santé.
Les recommandations soulignent la nécessité d’un cadre de prise en charge rapide, ciblé et inclusif, fondé sur une meilleure information des enfants et des parents, une formation adaptée des professionnelles et professionnels de santé, une collaboration renforcée entre le milieu médical et sportif, des campagnes de prévention régulières et un renforcement de la recherche, en particulier concernant les athlètes féminines.
Grâce à des recommandations concrètes, l’étude souhaite contribuer à garantir la santé à long terme des jeunes athlètes.
Référence
G. Pedroni, Y. Barrense-Dias, M. von Rhein, O. Grübner, C. Kuske, B. Goeggel Simonetti, A.-L. Camerini, M. Fadda, Prevention, on-site management, and public-health implications of sport-related mild traumatic brain injury in children and adolescents: A mixed-method study, Public Health, Volume 255, 2026, 106288, ISSN 0033-3506, https://doi.org/10.1016/j.puhe.2026.106288
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