Réduire l’usage des médicaments en maison de retraite: une solution interprofessionnelle
Selon une étude, lorsque médecin, pharmacienne ou pharmacien et infirmière ou infirmier s’associent pour passer en revue les médicaments donnés en maison de retraite, le bien-être des seniors s’améliore. Cette approche réduit l’usage de médicaments potentiellement inappropriés et diminue fortement les coûts pharmaceutiques.
En Suisse, 85% des personnes résidant dans une maison de retraite prennent plus de cinq médicaments quotidiennement, avec une moyenne de 9,4 médicaments par personne et par jour. Près des trois quarts d’entre elles reçoivent au moins un médicament potentiellement inapproprié, par exemple:
- un médicament mal adapté à l’âge ou à l’état de santé
- un traitement à risque d’effets indésirables importants
- un médicament non nécessaire, mal dosé ou en doublon
Ces situations ne sont pas anodines: chez les seniors, cela est associé à une baisse de la qualité de vie et à des complications graves, telles que chutes, hospitalisations ou augmentation du risque de décès.
Des outils de référence comme les critères de Beers et l’Indice d’Adéquation des Médicaments aident à évaluer la pertinence des prescriptions, mais sont jugés rigides et chronophages.
Pourtant, les recommandations nationales préconisent un examen interprofessionnel tous les six mois. Malheureusement, ces bonnes pratiques sont encore trop rarement appliquées en Suisse.
Afin d’évaluer concrètement l’effet que peuvent avoir les revues interprofessionnelles de médicament dans des maisons de retraite suisses, des membres de la Pharmacie interjurassienne et Mohamed Faouzi, statisticien à Unisanté ont réalisé une étude, publiée dans la revue International Journal of Pharmacy Practice.
Une approche interprofessionnelle prometteuse
L’étude a analysé des revues médicamenteuses réunissant une ou un médecin, une pharmacienne ou un pharmacien et une infirmière ou un infirmier dans 19 maisons de retraite, auprès de 687 personnes suivies pendant 12 mois. L’objectif: optimiser les traitements et réduire les coûts.
Chaque revue reposait sur une discussion structurée:
- L’infirmière ou l’infirmier apportait les informations cliniques actuelles du senior.
- La ou le médecin fournissait les informations essentielles du dossier médical, comme les antécédents du résident, son histoire de santé et ses diagnostics actuels.
- La pharmacienne ou le pharmacien analysait les traitements et proposait des adaptations.
Cette mise en commun des expertises a permis d’évaluer finement la pertinence de chaque médicament, en tenant compte du contexte de vie et de santé de la personne âgée.
Un allègement des ordonnances et des factures
Les revues ont réduit considérablement le nombre total de médicaments, dont les potentiellement inappropriés.
Au total, 198 problèmes médicamenteux ont été identifiés chez 89 seniors, soit 2,2 par personne.
Les médecins ont accepté près de 90% des interventions proposées. Les interventions les plus fréquentes étaient l’arrêt d’un médicament (58%), la réduction de dose (21%), le remplacement par une option plus sûre (13%).
La majorité des seniors ont pu arrêter au moins un médicament, et 0,6 médicament par personne a été ajusté ou remplacé.
Une vigilance particulière a été mise sur les psychotropes. 45% des problèmes venaient de médicaments pour le système nerveux (antidépresseurs, benzodiazépines, antipsychotiques), qui augmentent le risque de chutes et de troubles cognitifs chez les personnes âgées.
Parmi les 10% d’interventions refusées, les raisons étaient souvent le souhait du senior de poursuivre un traitement ou la réticence à modifier une prescription d’une ou d’un médecin spécialiste.
D’un point de vue financier, les réductions de prescription ont entrainé une baisse moyenne de 204 francs suisses par période de six mois, soit environ 400 francs suisses économisés par personne et par an.
Des résultats qui encouragent une généralisation
Avec les revues interprofessionnelles, les maisons de retraite suisses disposent d’un levier puissant pour améliorer la qualité des traitements, réduire les risques pour leurs résidentes et résidents, tout en diminuant les coûts.
Cette étude confirme la pertinence d’une telle collaboration et plaide pour une généralisation de cette pratique en Suisse.
Référence
Camille Lanfranchi, Pierre-Alain Jolivot, Joël Wermeille, Mohamed Faouzi, Impact of pharmacist-led interprofessional medication reviews on the drug regimen of nursing home residents: an observational study, International Journal of Pharmacy Practice, 2026, https://doi.org/10.1093/ijpp/riag002
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