- SAMITCA Sanda
- CHEVALLEREAU Julie
- DEBONS Jérôme
- STADELMANN Sophie
Les personnes en situation d’addiction et de grande précarité : comment favoriser l’accès et la continuité des soins ?
Abstract
Dans un contexte marqué par la crise du crack et la nécessité d’adapter le dispositif addiction, la Direction générale de la santé (DGS) du canton de Vaud a souhaité disposer d’un état des lieux précis des initiatives existantes, en particulier des formes de collaboration entre les prestations de réduction des risques et les soins spécialisés destinés aux publics en situation de grande précarité.
L’étude descriptive prospective menée à Lausanne (Région « Centre ») examine la prise en charge socio-sanitaire des situations addictologiques complexes cumulant addictions, vulnérabilités sociales et comorbidités. Elle analyse également la coordination des différentes offres du réseau. Les bonnes pratiques identifiées pourront être mobilisées pour la mise en oeuvre de dispositifs similaires ailleurs dans le canton, notamment à Yverdon-les-Bains (région « Nord ») ou à Vevey (région « Est »).
Une approche qualitative a été privilégiée afin de faire ressortir l’expérience et le point de vue des professionnel·les impliqué·es sur le terrain. Douze entretiens ont été réalisés au printemps 2025 auprès d’acteurs du réseau lausannois, complétés par quelques entretiens ciblés menés à Genève et à Bâle.
L’analyse porte sur l’organisation, les pratiques et les collaborations interprofessionnelles entre le bas-seuil et les services ambulatoires spécialisés.
Le rapport met en évidence les principaux défis liés à la prise en charge de ces situations complexes.
Il présente également les transformations engagées par le Service de Médecine des Addictions du CHUV qui ont conduit à la création de l’Unité de soins intensifs et communautaires (USIC) en 2025. Rassemblant des compétences médicales, infirmières et sociales, l’USIC vise à améliorer l’accessibilité et la continuité des soins pour les personnes les plus éloignées des dispositifs traditionnels.
Le développement d’interventions communautaires de proximité a débuté en 2023 avec la « filière Riponne » - désormais rattachée à l’USIC - qui a permis de déployer des interventions de terrain et de proposer des entrées rapides dans les soins. Les maraudes hebdomadaires menées par une infirmière spécialisée en psychiatrie et addictologie jouent un rôle central pour l’évaluation directe des besoins, l’initiation d’un suivi adapté et la réintégration dans le dispositif des personnes en rupture de soins.
Depuis juillet 2025, une permanence médicale hebdomadaire est également proposée dans les espaces de consommation sécurisés de la Fondation ABS à Lausanne. Ces consultations gratuites et accessibles à toutes et tous les consommateur·ices contribuent à améliorer l’accès aux soins, à réduire le recours aux urgences et à favoriser une prise en charge précoce et adaptée.
L’approche de « l’aller vers », recommandée par la Société suisse de médecine de l’addiction en réponse à la problématique du crack, repose sur une logique d’intervention proactive visant à réduire les obstacles à l’accès aux soins pour les personnes en situation complexe. Elle suppose une reconfiguration des pratiques professionnelles en faveur d’un accompagnement global, flexible et ajusté auxbesoins des consommateur·ices. Sa mise en oeuvre requiert une vision partagée des collaborations et une reconnaissance mutuelle des rôles au sein du réseau, afin d’assurer la cohérence et l’efficacité du dispositif.
L’étude met en évidence à la fois les facteurs facilitant le déploiement des interventions sanitaires en rue dans un dispositif coordonné et les obstacles qui persistent. L’un des principaux enjeux consiste à établir des passerelles durables entre la réduction des risques et les soins spécialisés puis vers des solutions résidentielles, afin d’éviter les ruptures de suivi qui alimentent le cycle rue–rechute–hospitalisation.
L’enjeu central est de permettre à chaque acteur·ice de s’inscrire dans un écosystème en transformation, orienté vers un objectif commun : soutenir la stabilisation et le rétablissement des consommateur·ices.
