Evaluation du programme « Sortir Ensemble et Se Respecter » et « Herzsprung- Freundschaft, Liebe und Sexualität ohne Gewalt »

Abstract

Le programme « Sortir ensemble et se respecter » (SE&SR), et son adaptation en Suisse alémanique « Herzsprung – Freundschaft, Liebe und Sexualität ohne Gewalt » (Herzsprung), vise à prévenir les violences dans les relations amoureuses entre jeunes et à renforcer leurs compétences relationnelles. Les jeunes sont amenés à discuter et interagir sur des thématiques liées aux relations amoureuses dans le cadre de sessions animées par un binôme d’animateurs et animatrices formé-e-s.

Depuis 2017, RADIX gère le projet national de diffusion de SE&SR et de Herzsprung, en étroite collaboration avec les cantons impliqués, dans le but d’ancrer le programme et de le mettre en oeuvre auprès des jeunes.

Une évaluation nationale pour connaître l’impact du programme chez les jeunes ainsi que leur satisfaction et celle des animateurs et animatrices du programme a été réalisée avec des données récoltées, par l’intermédiaire de questionnaires, entre octobre 2018 et mars 2020. En complément, cinq focus groups et trois entretiens ont été mis en place auprès de jeunes et des animateurs et animatrices afin d’évaluer le programme sous un aspect qualitatif.

L’évaluation dresse un bilan globalement positif de la satisfaction des animatrices et animateurs, ainsi que des jeunes par rapport au programme SE&SR/Herzsprung.

Le programme SE&SR/Herzsprung induit une prise de conscience chez de nombreuses et nombreux jeunes concernant l’importance de porter un regard critique sur les stéréotypes de genre et la justification de la violence au sein du couple. Ces prises de conscience se traduisent de manière quantitative par un rejet accru des normes de masculinité légitimant la violence, ainsi que par une condamnation accrue de la violence envers les hommes dans le couple.

Le programme SE&SR/Herzsprung induit un recours plus fréquent aux stratégies de gestion des conflits mobilisant des compétences sociales, ce qui correspond à l’un des objectifs visés. On n’observe par contre pas de recul de la fréquence de gestion des conflits faisant appel à l’agressivité et à la colère, le recours à cette modalité étant cependant déjà rare avant l’intervention.

L’objectif de permettre aux jeunes de savoir à qui demander de l’aide est largement atteint. On observe un accroissement de la capacité à exprimer ses besoins et à fixer des limites à l’autre au sein du couple. Les résultats quantitatifs (pas d’effet statistiquement significatif) et qualitatifs (perception d’un effet favorable) se contredisent en partie en ce qui concerne la capacité à reconnaître une relation abusive. Le questionnaire post ayant été administré en fin de programme, cela laissait peu de temps aux jeunes pour avoir été confronté-e-s à de telles situations. Le focus group abordait quant à lui cette question de manière plus théorique, sans référence à un cadre temporel.

Des effets défavorables de faible ampleur ont été observés, mais ils concernent des échelles où les scores avant intervention étaient particulièrement élevés et sont donc peu pertinents.

Il ne se dégage pas de tendance nette en faveur de certaines modalités d’implémentation plutôt que d’autres. Ces résultats quantitatifs corroborent en partie les résultats issus des focus groups qui soulignent avant tout l’importance de l’interactivité et de la capacité à maintenir l’attention et l’intérêt des jeunes comme facteur de succès des sessions. La flexibilité et la capacité à adapter le programme aux besoins et aux réactions des jeunes apparaissent comme des facteurs favorisant la satisfaction et les effets que le programme peut avoir sur les jeunes. Les animatrices et animateurs soulignent l’importance d’un soutien fort des directions d’établissement, voire d’une implémentation généralisée à l’échelle des cantons, pour favoriser le succès du programme.

Malgré les défis méthodologiques, l’évaluation du programme SE&SR et Herzsprung a permis de démontrer l’atteinte de plusieurs objectifs importants de ce programme, l’adéquation des contenus par rapport aux besoins et aux attentes des jeunes, ainsi qu’un haut niveau de satisfaction des animatrices, animateurs et des jeunes. Cette évaluation suggère également des pistes d’amélioration, notamment en favorisant l’adaptation du déroulement et du contenu des séances en fonction des besoins et des réactions des groupes, en traitant davantage les aspects positifs des relations amoureuses tout en évitant une vision trop normative de celles-ci (souhait d’une meilleure prise en compte des diversités culturelles et d’orientation sexuelle et affective), ainsi qu’en veillant à maximiser l’interactivité et le caractère non répétitif des séances.

Type de publication : Raisons de santé